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N° 289 - Juin 2008 - 2 €
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EDITO

La France présidera aux destinées de l’Europe pendant six mois à partir du 1er juillet. Cette présidence intervient à un moment charnière. Le traité de Lisbonne, qui adapte le fonctionnement de l’Union dans une Europe élargie aujourd’hui à 27 membres, est en voie de ratification. Les prochaines élections européennes auront lieu en juin 2009.
Les 4 priorités affichées par la France pour cette présidence, l’énergie / climat, l’immigration, la sécurité et la défense, l’avenir de la politique agricole commune, sont importantes. Mais l’Europe sociale n’y figure pas. Peut-on espérer réconcilier nos citoyens avec le projet européen et affronter les défis de la mondialisation, sans progrès social ? Les socialistes ne le pensent pas. Pour eux la présidence française doit être l’occasion de renforcer l’Europe sociale et de garantir le développement de services publics de qualité dans toute l’Europe.
La crise financière et la crise alimentaire menacent la stabilité et la démocratie dans des pays déjà vulnérables. Une des priorités doit être de s’attaquer aux dérives d’un « capitalisme de casino ». L’Europe a besoin de règles du jeu plus claires et transparentes sur les marchés financiers.
L’Union européenne achève aujourd’hui son processus d’unification. Elle ne doit pas se replier sur elle-même. L’Euro-Méditerranée peut être la grande aventure collective des 30 prochaines années à condition d’être placée sous le signe de l’ouverture et non de l’exclusion. Le projet d’Union méditerranéenne porté par Sarkozy, sans concertation avec ses partenaires européens, ne semble, hélas, pas emprunter cette voie.

CONTRE LA DIRECTIVE DE LA HONTE

On n’en parle pas assez dans les médias, et pourtant c’est important. Les ministres de l’Intérieur des 27 états membres de l’Union européenne ont approuvé le 5 juin un projet de directive sur l’immigration, nommée par la Cimade « directive de la honte », qui « viole le fondement des droits humains », selon les termes du Président des Églises (chrétiennes) d’Europe (cf. www.directivedelahonte.org ; www.cimade.org).

Une journée d’action européenne est prévue le 14 juin ; à Paris, une manifestation débutera à 14 h, carrefour de l’Odéon, pour inciter le Parlement européen à rejeter cette directive le 18 juin.

On parle encore moins de la mobilisation des sans-papiers eux-mêmes. Pour défendre leurs droits, ils prennent de gros risques. Depuis le 28 avril, ceux du 92 se sont regroupés et organisés ; leurs délégués, sept grévistes de la faim et d’autres sans papiers sont accueillis dans les locaux paroissiaux de l’église Saint-Paul à Nanterre. Après avoir réussi à être reçus par le Secrétaire général de la Préfecture le 16 mai, ils ont obtenu l’assurance qu’il n’y aurait pas d’arrestations au guichet ; le 22, ils ont déposé une liste de 458 personnes dont ils demandent la régularisation.

Le 5 juin ils ont manifesté dans les rues de Nanterre. Une porte vient de s’entrouvrir légèrement, 15 personnes, dont 7 grévistes de la faim, devraient être reçues en Préfecture le 11 juin. Vont-elles être régularisées ? Y aura-t-il d’autres convocations ? Affaire à suivre....

Espérons que, comme ils le souhaitaient, tous soient convoqués individuellement pour pouvoir s’expliquer, aidés par tous ceux qui les soutiennent. Pourquoi cette politique xénophobe, qui est non seulement indigne, mais stupide, puisque, dans les dix ans à venir, l’Europe aura un besoin impératif de main d’œuvre étrangère ? Pourquoi expulser des travailleurs - ou des enfants - qui n’ont pas quitté leur pays de gaieté de cœur et qui demandent simplement à ne plus être des parias ?

DÉMOCRATIE LOCALE EN PEAU DE CHAGRIN

Le mode de scrutin municipal ne favorise pas la représentativité de l’opposition : avec 46% des voix, la liste d’opposition n’a obtenu que 8 sièges sur 35 soit 23%... Deux fois moins que le résultat en voix. Mais ce nombre de sièges résulte de l’application stricte du code électoral en vigueur. Par contre, la répartition des responsabilités au sein du conseil résulte ensuite des décisions de la majorité en place.
Les pratiques à Sèvres sont éloquentes : au conseil de la communauté de communes, l’opposition se voit offrir 2 sièges sur 15, au lieu de trois dans la précédente mandature, soit une représentativité de 13%... Les compétences qui ont été transférées à la communauté sont très larges, et pourraient encore s’étoffer ; ces transferts ne représentent-ils pas pour la majorité un moyen de gérer les affaires de la commune en se libérant du regard et du poids de l’opposition ? La représentativité accordée à l’opposition dans les autres instances mérite d’être aussi soulignée : aucun représentant au conseil d’administration de l’hôpital, ni dans les conseils d’écoles, ni dans les conseils d’administration du collège et du lycée.
Dans les autres instances, l’opposition est représentée a minima : un administrateur sur 7 à la SEMI (14%), un sur quatre à Dynamic Sèvres (25%), un sur huit au comité de gestion de la caisse des écoles (13%).
A Sèvres, on fait peu de cas des 46% de Sévriens ayant voté pour la liste d’opposition et des groupes qui la composent : la démocratie s’y écrit en toutes petites lettres…

CAISSE DES ÉCOLES DE SÈVRES

Le compte de gestion de la caisse fait apparaître un excédent. Il serait paradoxal que cette somme ne soit pas employée alors que les coopératives des écoles ont souvent du mal à boucler des financements pour organiser leurs activités : sorties scolaires, voyages. Frédéric DURDUX a suggéré que cet excédent puisse être orienté vers les coopératives des écoles sous une forme ou une autre. Le maire n'a pas rejeté cette idée.
Le déficit de candidats aux élections pour le renouvellement des membres du comité de gestion témoigne de la torpeur dans laquelle s'est installée la caisse des écoles. Si elle ne parvient pas à prendre en compte les idées que peuvent apporter les parents et les fédérations, il n'y a aucune raison que les candidats se pressent pour y participer.

UN PROJET ALTERNATIF POUR LA RD 7

En juillet 2007, P. Devedjian, Président du Conseil général des Hauts-de-Seine, décidait de lancer les travaux de la RD7 (Rue Troyon à Sèvres) dans leur version 2x2 voies depuis le Pont de Sèvres jusqu’au périphérique. Cette version, propice à un renforcement du trafic automobile, qui aurait été dans l’air du temps dans les années 70, était défendue par le maire de Sèvres, mais pas par ses collègues de Meudon et d’Issy les Moulineaux.
Cette décision de lancer des travaux mettait fin de façon autoritaire à la concertation lancée en 2006, qui avait abouti à l’expérimentation, satisfaisante, du rond-point « à la nantaise » rue de Vaugirard à Meudon. Le rond-point à la nantaise est un rond-point à double tracé permettant d’écouler sans à coups le trafic transversal. Par ailleurs, les études de trafic montrent une diminution de la circulation sur cette portion de la RD7. La hausse du prix des carburants et la prolongation du T2 jusqu’à la porte de Versailles devraient confirmer cette tendance malgré l’ouverture progressive des nouveaux immeubles de bureaux sur le Bas-Meudon.
Cette décision du Président du Conseil général a suscité un véritable tollé de la part des associations et la grogne des maires d’Issy et de Meudon. Devedjian a donc fait marche arrière. La concertation est rouverte. Pourtant, le maire de Sèvres a refusé qu’un projet alternatif, proposé par plusieurs associations, soit également présenté au public. Ce projet comporte 2 voies de circulation sans feux tricolores et 1 voie de service réservée aux véhicules utilitaires (voir schéma ci contre).

On ne peut qu’inviter tous les Sévriens et en particulier les riverains de la rue Troyon, à faire entendre leur avis. Souhaitent-ils une 4 voies ?

LIBÉRALISME ET SOCIALISME

Peut-on être à la fois socialiste et libéral ? Oui pour Bertrand Delanoë, qui l’a revendiqué dans son livre De l’audace. Qu’est-ce que le libéralisme ? C’est une doctrine d’affranchissement de l’homme, née de l’Europe des Lumières. C’est une idéologie de la liberté qui a permis de grandes conquêtes politiques et sociales. Le libéralisme, c’est aussi l’idée que la liberté est une responsabilité : être libre, c’est vouloir ce que l’on fait, ce n’est pas faire ce que l’on veut. Comme le dit l’article 4 de la déclaration des droits de l’Homme : « l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits ». Autrement dit, la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres.
Le libéralisme est avant tout une philosophie politique et ce sont les conservateurs qui l’ont dévoyé au service d’une idéologie du laisser-faire économique. Être libéral, c’est par exemple refuser l’autoritarisme façon Sarkozy, qui entrave les libertés individuelles et ignore les libertés collectives. Cela ne veut pas dire pour autant être pour le libéralisme économique, pour le désengagement complet de l’État et le laisser-faire économique et commercial.
Les partisans des idées libérales au sein du socialisme défendent les libertés, mais en se préoccupant dans chaque cas des formes de domination que le laisser-faire économique impose aux plus défavorisés. Ils veulent préserver la liberté économique et l’existence d’une concurrence, mais en se souciant des conséquences qu’elles peuvent entraîner. Ils plaident pour la propriété mais en évitant que celle-ci ne devienne un moyen d’asservissement pour ceux qui n’ont rien. Les idées libérales ne se limitent pas à défendre le marché. Elles chercheraient plutôt à faire du marché un facteur d’émancipation humaine. C’est pourquoi elles sont amenées à poser sans cesse la question de la domination, à s’interroger sur les solidarités concrètes nouées entre les hommes et capables de donner un sens plus riche à la liberté de chacun.

LA GAUCHE NE BAT PAS EN RETRAITE

Face à l’augmentation du déficit des retraites depuis 2004, la loi Fillon 2003 rallonge d’un an la durée de cotisation. Le problème n’est pourtant pas si simple ; quelles autres solutions proposer ?
Les salariés, surtout les plus modestes, ont aujourd'hui de plus en plus de mal à accéder à une retraite à taux plein, compte tenu des conditions d'entrée dans la vie active et de la difficulté à mener une carrière complète, notamment à cause du chômage. Si l'on décide d'augmenter la durée de cotisation, cela sera encore plus difficile et le niveau des pensions de retraite de ceux qui n'auront pu cotiser pendant 41 ans ne pourra que baisser.
Les travailleurs ne sont pas égaux face à l’emploi ; c’est à la collectivité de corriger ces inégalités au moment de la retraite. C’est le cas de ceux qui, du fait d’emplois pénibles, ont une espérance de vie bien moindre ; c’est aussi celui des femmes qui cumulent parcours professionnels moins réguliers, salaires moins importants, et donc retraites plus faibles.
D’autres solutions sont avancées par les socialistes pour financer dès maintenant les retraites : transférer sur les retraites une part des cotisations chômage au moment où la démographie fait baisser ce dernier, revenir sur les cadeaux faits aux plus riches, par exemple l’exonération partielles des stock-options. Le parti socialiste milite pour une réforme négociée des retraites, fondée sur la justice sociale et la solidarité intergénérationnelle, pour maintenir et améliorer un système de retraite solidaire et efficace.
Allongement de la durée ou baisse du montant de la retraite : pour une explication pédagogique par Alain Ratteni, cliquez ici