Remarques sur le projet de PLU dans le cadre de l’enquête publique
Présentées par le Groupe des élus de la Gauche plurielle du Conseil Municipal
Seul document opposable aux tiers, le PLU devrait avoir un contenu opérationnel fixant les capacités constructives selon un véritable parti d’aménagement établi en cohérence avec le cadre régional (SDRIF) et les lignes directrices du PADD de Sèvres et du PLH du Val de Seine.
Or, tout en se référant aux objectifs de ces différents documents, le projet de PLU n’en tire pas les conséquences essentielles et ne propose pas d’axes forts pour l’avenir de Sèvres ni d’idées maîtresses pour son aménagement.
En écartant l’idée d’une progression -même mesurée- de la population, le projet de PLU ferme pour bien des familles la possibilité de se maintenir à Sèvres et pour la plupart des jeunes, l’espoir de s’y installer.
Le projet de Plan local d’urbanisme de Sèvres apparaît ainsi comme un document « au fil de l’eau » intéressant par certaines de ses analyses mais pauvre en perspectives.
1. Un objectif d’offre de logement globalement insuffisant
Concernant l’objectif de maintien de la population, le PLU se réfère à l’option minima du PLH avec un chiffre de construction de 40 logements par an, il n’atteint pas le point mort c'est-à-dire le maintien de la population compte tenu de la réduction tendancielle de la taille des ménages.
Dans sa version actuelle, le PLU propose avant tout un statu quo, qui conduit à entériner dans le domaine de l’immobilier les hausses considérables des prix de marché, combinées avec une rareté de produits immobiliers, il élimine de facto de la commune les jeunes ménages et les familles, y compris les revenus des tranches intermédiaires.
Si on peut prendre acte de la volonté affichée de maintenir le taux de logement véritablement social et de logement intermédiaire à son niveau actuel, force est de constater que la réduction de la rotation dans ce parc sera une tendance de fond, compte tenu du creusement de l’écart entre loyers sociaux et loyers de marché. L’offre en sera donc réduite autant.
La conclusion forte du PLH est que l’accès au logement pour les ménages sera difficile pour pratiquement 8 tranches de revenus sur 10 ! Le PLU ne semble pas prendre en compte cette réalité, alors qu’une progression mesurée de la population permettrait l’expansion des familles comme l’accueil des nouveaux arrivants.
2. Remettre vraiment la nature dans la ville
Le PADD souligne l’attrait de Sèvres et ses atouts en espaces naturels qui l’entourent, tout en soulignant que l’enjeu est précisément de mettre la nature dans la ville, de diminuer l’ambiance routière liées aux divers axes et de renforcer le paysagement avec des plantations à des gabarits significatifs en milieu urbain. Le PADD propose de renforcer les plantations de haute tige sur les espaces libres notamment publics.
La réglementation proposée dans les articles techniques par zone du PLU est parfois contraignante pour des aspects secondaires, mais peu coercitive ni même incitative dans les prescriptions architecturales, environnementales et paysagères. Le débat n’a d’ailleurs pas véritablement été ouvert sur ces questions pourtant importantes.
3. Réagir face à l’effritement des commerces et activités artisanales.
Concernant les activités, le PADD et les études du PLU mettent en évidence l’importance d’assurer les fonctions liées au commerce de proximité, à l’artisanat et aux services à la personne. Dans le même temps, l’envolée des prix fonciers et immobiliers rend précisément de plus en plus difficile le maintien (et a fortiori) la création de ces activités dans le contexte économique actuel. Concurrence des pôles commerciaux majeurs avoisinants, rareté des espaces adaptés aux artisans devraient inciter à rechercher une politique d’aide à leur implantation.
Le PLU ne propose ni stratégie d’implantation sur un site (au moment où la principale zone artisanale voit sa vocation remise en cause), ni méthode pour une insertion de ces activités dans le tissu urbain.
On peut tout au plus prendre acte que le PLU affiche une volonté de réduire la spécialisation des espaces et éviter les inconvénients des zonages qui ont marqué des modes urbanistiques antérieures.
Mais cette logique doit être poussée au bout et conduit à s’interroger sur la spécificité du zonage Upp : le secteur des Bruyères a-t-il une vocation spécifique d’accueil différente d’autres secteurs pourtant similaires en terme de tissu urbain.
4. Affirmer l’existence d’un cœur de ville
Le PLU n’affiche pas d’ambition claire pour le cœur de ville, en dehors du zonage. On n’y exprime pas la volonté nette de maintenir la plénitude des fonctions d’un centre ville, fonctions administratives, commerciales et culturelles. C’est la présence forte de ces fonctions qui renforce l’attractivité du centre par rapport aux quartiers de périphérie. Avoir cette ambition pour le centre ville qui s’étend du SEL au carrefour Gabriel Péri, c’est :
- Développer l’animation et la convivialité et valoriser ce pôle administratif, culturel et commerçant en proposant un espace piéton, qui intègre une zone de marché largement ouverte sur le centre ville,
- Maîtriser l’emprise de la voiture en centre ville, et ouvrir des parkings à proximité pour les usagers qui viennent des quartiers périphériques
- Rétablir une continuité visuelle et des transitions piétonnes pour réunifier les deux parties du centre ville actuellement coupées par la N910.
Ce sont ces ambitions que l’on cherche en vain dans le projet du PLU.
5. Réserver les espaces nécessaires pour des transports en commun mieux reliés
Le PLU doit favoriser le développement et l’usage des transports en commun. Ceci passe par une intermodalité efficace, donc l’aménagement des espaces d’échanges tram/bus, et bus/gare et par une adaptation systématique des espaces en faveur des transports en commun.
Si les améliorations des transports, en termes d’investissement comme de fonctionnement dépendent d’entités de niveaux supérieurs à la commune, le devoir de celle-ci est de prévoir dans son PLU l’adaptation des espaces en faveur des transports en commun. Ces espaces réservés permettraient par exemple le bouclage du tram de Vélizy et Chaville au Pont de Sèvres, ou la liaison par navette entre coteaux, gares et centre ville.
6. L’impact des choix techniques du PLU sur les capacités d’évolution du tissu urbain ?
On peut également regretter l’absence d’une évaluation fine des capacités de construction sur la commune. ? Quelles sont les conséquences des valeurs affichées pour les COS et les gabarits en terme de constructibilités nouvelles ou résiduelles sur Sèvres ?
Autrement dit, comment peut évoluer le paysage bâti, en termes esthétiques et en termes de capacité d’accueil, compte tenu des partis d’aménagement proposés ? Le PLU ne le précise ni dans son règlement, ni dans ses études ni dans ses annexes.
C’est pourtant l’enjeu majeur à apprécier avant d’approuver ou de critiquer les valeurs résumées dans le tableau ci-dessous
7. Mieux gérer les eaux pluviales
En complément de la question des constructibilités nouvelles ou résiduelles, le PLU n’évoque pas assez la lutte contre l’imperméabilisation des sols ni la réduction du ruissellement. Cela passe pourtant par la réduction des surfaces imperméabilisées, et en site bâti, le développement des toitures végétalisées (enjeu d’autant plus important pour le bâti des années 60/80 en toitures terrasses).
En outre le PLU, (cf PADD) devrait émettre des recommandations sur l’insertion des énergies renouvelables dans le bâti existant, combinée avec la lutte contre le ruissellement et l’amélioration des performances thermiques des bâtiments. Ces transformations de la « cinquième façade » de nombreux bâtiments publics et privés méritent d’être encouragées dans le PLU (autorisation d’installer des capteurs etc)
Le PLU doit prévoir ces évolutions et formuler des préconisations.
8. Publicité enseignes, éclairage
La publicité par affichage extérieur a vocation à être maîtrisée par un zonage réglementaire adéquat. Pour les enseignes, des indications doivent être plus précises que les formules vagues qui figurent dans le PLU, avec un règlement à établir en concertation avec les partenaires. Le PLU doit préconiser des mesures contre la pollution lumineuse, en réduisant notamment les déperditions lumineuses vers le haut.
9. En conclusion,
Deux objectifs sont à concilier dans un esprit associant vitalité de Sèvres et durabilité de son environnement.
• préserver les qualités de l’existant sur les coteaux : ambiance verdoyante et bâti de gabarit modeste, notamment en zones Up et Ur,
• rechercher des possibilités de développement d’habitats limités et bien insérés.
Permettre, par exemple une légère densification aux abords des gares de Sèvres rive gauche et de Sèvres Ville d’Avray (élargir la zone UP autour de la gare Sèvres Ville d’Avray et créer une zone UP autour de la gare Sèvres rive gauche) serait ainsi cohérent avec l’objectif de dynamisation de ces zones qui avait été affiché précédemment sans susciter, semble t’il, d’opposition de ses habitants.